Participer au 93e Congrès de l’ACFAS, qui s’est tenu du 11 au 15 mai 2026 à l’UQTR – Université du Québec à Trois-Rivières, a été une expérience particulièrement enrichissante, tant sur le plan académique que personnel. Considéré comme le plus grand rassemblement scientifique francophone en Amérique du Nord, ce congrès réunit chaque année des milliers de chercheuses, chercheurs, étudiantes et étudiants autour des grands enjeux de la recherche contemporaine.
Dans ce contexte stimulant, j’ai eu l’occasion de co-présenter, avec mon collègue Espoir Masiala, les résultats du projet de recherche intitulé « Analyse de l’expérience des préposés aux services de soutien personnel migrants francophones travaillant dans le Grand Toronto », sous la supervision du professeur Leonel Philibert.
Cette recherche s’intéressait à une profession essentielle au fonctionnement du système de santé canadien : celle des préposés aux services de soutien personnel (PSSP). Selon Statistique Canada (2020), près de 78,7 % des PSSP de la région de Toronto sont issus de la migration internationale.
Parmi ces travailleurs se trouve un nombre important de francophones dont l’expérience demeure pourtant très peu documentée dans la littérature scientifique. Cette absence de données est d’autant plus préoccupante que plusieurs études démontrent que les PSSP évoluent dans des environnements de travail exigeants pouvant les exposer à de nombreux défis, notamment les blessures physiques, les agressions, le racisme, la violence sexuelle, ainsi que diverses formes de précarité professionnelle.
Face à ce constat, notre recherche avait pour objectif de documenter l’expérience de travail des migrants francophones exerçant le métier de PSSP dans le Grand Toronto afin de mieux comprendre leurs réalités quotidiennes, leurs motivations et les défis auxquels ils sont confrontés.
Les résultats de notre étude révèlent une expérience professionnelle marquée par une dualité importante. D’un côté, plusieurs participants ont exprimé un profond attachement à leur métier. De l’autre, ils ont également mis en lumière des conditions de travail parfois difficiles qui affectent leur bien-être et leur satisfaction professionnelle.
Parmi les principales raisons qui expliquent leur amour pour le métier de PSSP, les participants ont mentionné :
Le sentiment d’être utile à la société ;
La passion d’aider les personnes les plus vulnérables ;
La reconnaissance reçue de la part des bénéficiaires et de leurs proches ;
L’accueil chaleureux souvent observé dans les milieux de soins à domicile.
Ces éléments démontrent que, malgré les défis rencontrés, plusieurs travailleurs trouvent dans leur profession un sens profond et une véritable vocation.
Cependant, les témoignages recueillis ont également révélé plusieurs facteurs alimentant un sentiment de découragement ou de désillusion à l’égard du métier :
La surcharge de travail ;
Le traitement parfois jugé inhumain ;
Différentes formes de violence ;
Le racisme ;
Le manque de personnel ;
Une rémunération considérée insuffisante ;
L’exposition accrue aux maladies infectieuses, notamment durant la pandémie de COVID-19 ;
L’impossibilité de fournir en tout temps la qualité de service souhaitée en raison des contraintes organisationnelles.
Ces résultats mettent en évidence les tensions qui caractérisent le travail des PSSP migrants francophones et soulignent l’importance de mieux soutenir cette main-d’œuvre essentielle.
Présenter ces résultats devant un public composé de chercheurs, d’étudiants et de professionnels a été à la fois stimulant et motivant. Au début, j’ai ressenti un certain stress à l’idée de prendre la parole dans un événement d’une telle envergure. Toutefois, l’accueil chaleureux du public et la richesse des échanges qui ont suivi notre présentation ont rapidement dissipé cette appréhension.
Les questions et commentaires reçus nous ont permis d’approfondir notre réflexion et de constater l’intérêt suscité par les réalités vécues par les travailleurs migrants francophones dans le secteur des soins.
Le congrès m’a également permis de découvrir plusieurs projets inspirants et d’échanger avec des personnes passionnées par la recherche francophone. J’ai particulièrement apprécié l’ambiance de partage, d’apprentissage et de collaboration qui a marqué l’ensemble de l’événement. J’ai aussi trouvé très intéressant de constater que plusieurs projets mobilisaient des approches interdisciplinaires pour traiter des problématiques communes. Cela m’a permis d’élargir ma réflexion et de découvrir différentes façons de concevoir la recherche.
Alors que je m’apprête à entrer en 4e année et à entreprendre mon projet intégrateur, cette expérience m’a beaucoup inspirée et m’a donné plusieurs pistes de réflexion pour la suite de mon parcours académique. Elle m’a également permis de mieux comprendre l’importance de la collaboration et de l’interdisciplinarité en recherche.
Je tiens enfin à remercier mon collègue Espoir Masiala, avec qui j’ai eu le plaisir de co-présenter ce projet, ainsi que notre professeur Leonel Philibert, pour sa confiance et pour nous avoir offert l’opportunité de vivre cette expérience enrichissante lors du 93e Congrès de l’ACFAS.
Je souhaite également souligner l’appui financier ayant rendu cette recherche possible grâce au soutien du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH/SSHRC), du Groupe de recherche interdisciplinaire sur les francophonies en Ontario (GRIFO) ainsi que de Patrimoine canadien.
Cette expérience restera sans aucun doute l’un des moments marquants de mon parcours et une source de motivation pour poursuivre mon engagement dans la recherche et la valorisation des réalités francophones en contexte minoritaire.