Le leadership étudiant : lorsque l’engagement devient un moteur de changement

Recevoir le Prix Leader Étudiante lors du Gala RelèveON 2026 organisé par le Club canadien de Toronto, revêt une signification importante de mon parcours universitaire. Cette reconnaissance m’a amenée à prendre un pas de recul et à réfléchir au chemin parcouru. Au-delà du prix, je vois surtout un rappel que l’engagement étudiant peut avoir un impact réel lorsqu’il est construit sur le désir de contribuer, de rassembler et de créer.  

Si je devais résumer cet engagement, je le ferais à travers trois expériences qui contribuent encore aujourd’hui à façonner mon parcours à l’Université de l’Ontario français : mon implication au sein de l’Association étudiante, la création du Forum sur le dialogue et la collaboration étudiante et le développement de Voix en scène. 

L’Association étudiante : Apprendre à servir avant de diriger 

Mon engagement étudiant a véritablement commencé lorsque j’ai rejoint l’Association étudiante de l’Université de l’Ontario français (AÉUOF) à titre de responsable des communications. À l’époque, mon objectif était relativement simple participer davantage à la vie universitaire tout en développant mes compétences en communication. Je voyais cette implication comme une occasion d’apprendre autrement, de sortir du cadre des cours et de contribuer concrètement à la communauté étudiante. Très rapidement, j’ai découvert que l’engagement étudiant est avant tout une aventure humaine. Travailler au sein d’une équipe, écouter des points de vue différents, faire confiance aux idées des autres et construire des projets collectivement m’a permis de comprendre que le leadership ne repose jamais sur une seule personne.  

Lorsque j’ai été élue vice-présidente de l’Association étudiante, cette compréhension a pris une autre dimension. Mon rôle n’était pas simplement de participer aux décisions ou de représenter les étudiantes et étudiants. Il consistait surtout à contribuer à créer les conditions permettant à chacun de vivre une expérience universitaire enrichissante, stimulante et inclusive. Derrière chaque projet, chaque activité et chaque initiative, nous souhaitions améliorer la vie étudiante et offrir à notre communauté des occasions de se rassembler, de s’épanouir et de se sentir pleinement à sa place au sein de l’UOF. Je réalise que cette implication a transformé ma façon de voir le leadership. Elle m’a appris que diriger ne signifie pas être devant les autres, mais être au service des autres. Les meilleures idées naissent souvent de la collaboration, des échanges et de la confiance mutuelle. C’est probablement l’une des leçons les plus précieuses que je retiendrai de mon parcours universitaire.  

Le Forum sur le dialogue et la collaboration étudiante : Bâtir des ponts 

L’idée du Forum sur le dialogue et la collaboration étudiante est née d’un constat simple. À Toronto, plusieurs associations étudiantes francophones font face à des réalités semblables, portent des préoccupations communes et travaillent souvent vers les mêmes objectifs. Pourtant, les occasions de se rencontrer, d’échanger et de collaborer demeurent relativement limitées. 

J’ai donc voulu créer un espace où ces différentes associations pourraient se réunir afin de partager leurs expériences, réfléchir ensemble aux défis qu’elles rencontrent et identifier des pistes de collaboration durables. Avec l’appui de l’AÉUOF et de Profipreneur Board, cette idée s’est progressivement transformée en un projet concret. La première édition du Forum sur le dialogue et la collaboration étudiante s’est tenue le vendredi 13 février 2026 à l’UOF et a réuni plusieurs associations étudiantes francophones de la région autour d’un même objectif : favoriser le dialogue, la collaboration et le partage d’expériences. 

Cependant, le Forum ne se limitait pas à la simple collaboration entre associations étudiantes. Dès le départ, je souhaitais également répondre à une préoccupation que partagent de nombreux étudiantes et étudiants, la transition vers le marché du travail. Trouver un stage, développer son réseau professionnel, comprendre les attentes des employeurs ou encore apprendre à mettre en valeur ses compétences représentent souvent un défi pour plusieurs jeunes. 

C’est pourquoi une partie importante de la programmation était consacrée à l’employabilité et au développement professionnel. À travers les échanges avec des diplômé.e.s, des professionnels et différents experts, le Forum visait à offrir des conseils, des outils pratiques et des perspectives utiles pour aider les étudiantes et étudiants à mieux préparer leur avenir professionnel. 

À mes yeux, cette initiative démontre que le leadership consiste aussi à créer des occasions pour les autres. Le fait que le Forum soit appelé à revenir pour une deuxième édition me confirme qu’il répond à un besoin réel au sein de la communauté étudiante francophone et qu’il a le potentiel de devenir un espace de dialogue durable. 

Voix en scène : Donner une voix à la créativité 

Voix en scène est sans doute l’initiative qui illustre le mieux la manière dont une idée peut naître d’un simple moment d’observation. 

Tout a commencé à l’automne 2025, lors des préparatifs de la Journée Internationale de la Littérature Francophone organisée par le Salon du Livre de Toronto en collaboration avec l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Dans le cadre de cette célébration, il était prévu que des étudiantes et étudiants lisent des extraits de textes en lien avec la thématique de la journée. Alors que nous préparions l’activité, une idée m’est venue. Je me suis demandé s’il était possible d’aller au-delà d’une simple lecture. Au lieu de lire un texte, pourquoi ne pas créer une prestation qui permettrait de transmettre un message, de raconter une histoire et d’amener le public à réfléchir ? 

J’ai alors partagé cette idée avec ma collègue Zoé Okomo Eva. Ensemble, nous avons commencé à imaginer une formule mêlant prise de parole, slam, expression artistique et mise en scène. C’est de cette réflexion qu’est né le projet Voix en scène dont nous sommes aujourd’hui cofondatrices. 

La première représentation de Voix en scène s’est déroulée le 20 novembre 2025 lors de la Journée Internationale de la Littérature Francophone à l’UOF. L’accueil réservé à cette prestation nous a rapidement montré que cette initiative avait le potentiel d’aller plus loin. Quelques mois plus tard, Voix en scène a offert une deuxième prestation lors de la cérémonie d’ouverture de la 33e édition du Salon du Livre de Toronto, confirmant ainsi le potentiel et la pertinence de cette initiative. 

Au fil des discussions et des réflexions qui ont suivi, nous avons réalisé que ce projet pouvait répondre à un besoin plus large. Aujourd’hui, notre ambition est de mettre Voix en scène au service des jeunes francophones des écoles francophones de l’Ontario en proposant des ateliers axés sur la prise de parole, le slam, l’expression artistique et la confiance en soi. Le projet repose sur une idée simple, les jeunes ont des choses à dire, mais ils ont parfois besoin d’espaces sécuritaires et bienveillants pour apprendre à faire entendre leur voix. 

Dans un contexte où le français évolue en situation minoritaire, permettre aux jeunes de prendre la parole, de raconter leurs histoires et de valoriser leur identité linguistique représente à mes yeux une contribution importante à la vitalité de notre francophonie. Ce qui était au départ une simple idée pour un événement est ainsi devenu un projet qui aspire aujourd’hui à accompagner une nouvelle génération de jeunes francophones dans leur développement personnel, linguistique et créatif. 

Une reconnaissance qui invite à poursuivre 

Lorsque ma victoire a été annoncée lors du Gala RelèveON 2026, j’ai ressenti beaucoup de gratitude. Être finaliste était déjà un honneur, remporter le Prix Leader Étudiante représente surtout une immense marque de confiance. Elle me rappelle que les idées ont de la valeur lorsqu’elles sont mises au service des autres, que l’engagement peut avoir un impact réel et que les initiatives étudiantes méritent d’être encouragées. 

Je vois également ce prix comme le symbole d’un parcours marqué par la volonté d’oser. Oser sortir de sa zone de confort. Oser proposer des idées. Oser prendre des responsabilités. Oser lancer des projets dont on ne connaît pas encore l’issue. Derrière chacune des expériences qui ont jalonné mon parcours se trouvait une part d’incertitude, mais aussi la conviction qu’il valait la peine d’essayer. 

Cette reconnaissance confirme aussi qu’aucune réussite n’est individuelle. Derrière chaque projet se trouvent des personnes qui nous soutiennent, nous encouragent et nous font confiance. Je pense aux professeurs, à l’administration universitaire, à mes collègues, à mes mentors, à mes amis et à toutes les personnes qui ont cru en moi au fil des années. Ce prix porte un seul nom, mais il reflète le soutien, la confiance et l’engagement de nombreuses personnes qui contribue à mon parcours. 

Oser faire le premier pas 

S’il y a une leçon que je retiens, c’est que l’engagement commence souvent par une décision toute simple : celle d’essayer. 

Rien ne me prédestinait à devenir vice-présidente d’une association étudiante, à organiser un forum réunissant plusieurs associations francophones ou  transformer une simple lecture de texte en un projet comme Voix en scène. Pourtant, chacune de ces expériences est née parce que j’ai accepté de faire un premier pas, sans toujours savoir exactement où il me mènerait. 

C’est pourquoi j’aimerais lancer une invitation à toutes les étudiantes et à tous les étudiants qui hésitent encore à s’impliquer. L’Université offre bien plus qu’une formation. Elle offre des occasions d’apprendre autrement, de développer son leadership, de créer des projets, de rencontrer des personnes et de découvrir des talents que l’on ne soupçonnait pas chez soi. 

Oser s’engager, c’est parfois la meilleure façon de transformer son parcours universitaire. C’est aussi une façon de contribuer à sa communauté, de créer des occasions pour les autres et de laisser une empreinte positive autour de soi. Et bien souvent, ce sont précisément ces expériences qui deviennent les plus enrichissantes.