Journée des savoirs : entre IA, décolonisation et réflexion critique

Le mois d’avril dernier, j’ai eu la chance d’assister à la deuxième édition de la « Journée des savoirs », organisé à l’Université de l’Ontario français (UOF) par Imen Ben Jemia, professeure adjointe au pôle d’études des environnements urbains et l’Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (Acfas) Toronto Centre Sud-Ouest. Ce fût une expérience différente et enrichissante qui m’a permis de réfléchir sur le plan académique que personnel, aux liens entre l’intelligence artificielle, la diversité et l’inclusion, ainsi qu’entre la décolonisation et l’éducation. Honnêtement, je ne m’attendais pas à en ressortir avec autant de réflexions et d’observations. Ce que j’ai vécu ce jour-là dépasse largement une simple série de présentations.

Ce n’était pas seulement un événement pour apprendre, mais un espace pour questionner, contester et échanger. En écoutant les différentes interventions, je me suis rendu compte à quel point les savoirs que l’on considère souvent comme « neutres » sont en réalité influencés par des contextes sociaux, culturels et historiques. Cette prise de conscience m’a un peu déstabilisée au début, mais elle m’a surtout donné envie d’en comprendre davantage. Un moment marquant était la présentation de Usha. Lorsqu’elle a comparé les réponses de ChatGPT avec celles d’AfrofeministaGPT. Voir que deux intelligences artificielles pouvaient répondre de manière complètement différente à une même question m’a frappée. J’ai réalisé que derrière ces outils que j’utilise parfois sans trop y penser, il y a des choix, des biais, des perspectives. Ça m’a fait réfléchir à ma propre utilisation de ces technologies et à la confiance que je leur accorde.

L’intervention d’Astrid Tirel a mis en évidence l’importance d’adapter nos pratiques aux réalités linguistiques et culturelles des communautés. Cette idée a particulièrement résonné en moi, surtout lorsqu’elle a été mise en lien avec la pensée de Kateb Yacine cité par Linda Cardinal, qui décrivait la langue française comme un « butin de guerre ». Cette citation rappelle que la langue est vectrice d’histoire et parfois de domination, mais qu’elle peut aussi être réappropriée et transformée. Ce genre de référence m’a rappelé à quel point il est important d’ouvrir nos perspectives et de ne pas rester centrés sur ce que l’on connaît déjà. J’ai ressenti une vraie curiosité, et même une envie d’en apprendre plus sur ces contextes culturels. En tant que personne évoluant dans un environnement francophone, je me suis sentie directement concernée, ce qui m’a amenée à voir la langue autrement : non seulement comme un outil de communication, mais notamment comme patrimonial, de pouvoir et d’identité. 

 La discussion de clôture m’a interpellée avec plus de questions que de réponses, dans le bon sens. Je me suis surprise à réfléchir profondément à une question : est-ce que les données historiques et nos propres comportements en tant qu’utilisateurs influencent les réponses que l’IA nous donne ? Cette idée m’a laissée penser qu’elle pourrait même devenir une piste de réflexion pour mes futurs travaux. Ce que j’ai trouvé encore plus intéressant, c’est le lien que j’ai pu faire avec mon domaine d’études en environnements urbains. 

Aujourd’hui, les technologies comme l’intelligence artificielle jouent un rôle de plus en plus important dans la manière dont ces espaces sont pensés et organisés. J’ai pris conscience que si ces outils ne sont pas conçus de manière inclusive, ils peuvent reproduire certaines inégalités déjà présentes dans la société. Cette expérience m’a donc permis de faire un lien concret entre des concepts théoriques et des enjeux actuels. Elle m’a aussi rappelé l’importance d’intégrer des perspectives diverses dans la recherche et dans le développement technologique, surtout dans un contexte urbain où la diversité est une réalité quotidienne. La Journée des savoirs a été pour moi bien plus qu’un événement académique, elle m’a non seulement permis d’apprendre, mais a suscité une réflexion profonde sur les liens entre la technologie, le pouvoir et la culture. C’est le genre d’événement qui laisse une trace, influence réellement notre manière de voir le monde et pousse à réfléchir à la manière dont il peut être amélioré pour mieux représenter la diversité des expériences humaines.